Rencontres Traverse Vidéo,

Art Vidéo Cinéma Expérimental

Installations
Performance Photographie Multimédia


Gallerie photos 2007
Bande annonce 2007
Lieux
Armenie
Archives

Nelly-Ève Rajotte – Aika

Déstabilisation sensorielle, improbable télescopage de l’œil et de l’ouïe, paradoxe du mouvement transitoire, insuffisances des sens : voilà ce à quoi nous confrontent les œuvres vidéo de Nelly-Ève Rajotte, des œuvres d’une grande cohérence dont Aika est le plus récent volet.

Visuellement parlant, les diverses productions de Rajotte sont reliées entre elles par le retour constant d’un écran hachuré, par une multiplication et une superposition des bandes qui devient en quelque sorte la métaphore même de la recherche vidéographique. En représentant le même (une place publique berlinoise – l’Alexanderplatz – ou une rue et un parc anonymes, reconnaissable mais inidentifiable tout à la fois) sur plusieurs bandes superposées, Aika témoigne de la difficulté de rendre compte, du moins visuellement, du réel, un réel appréhendé par le sens de la vue qui est toujours, au fond, déficitaire.

En fait, tel un opprobre adressé aux insuffisances du regard, confronté à la multiplication de ces bandes visuelles (elles-mêmes prises entre la répétition du même espace et l’étirement en temporalités diverses), Aika mise sur la constance du signifiant sonore. Ce dernier finit, par l’intermédiaire de l’apparition de diverses lignes improbables qui finissent par jouer le rôle d’ultime signifiant visuel, par remplir les anfractuosités laissées vacantes par notre regard, comme si Rajotte nous amenait à entendre, en bout de ligne, par notre œil.

Si les œuvres vidéo de Rajotte renvoient, au niveau thématique, à l’idée de mouvement transitoire, elles relèvent fondamentalement, au niveau formel, d’un art véritablement poétique (au sens où l’entend le linguiste Roman Jakobson) : un rabattement de l’axe syntagmatique – celui de la durée, du temps, de l’inéluctabilité – sur l’axe paradigmatique – celui de l’espace, de la superposition, du possible. Chercher à confronter le simulacre ambiant dans ce qu’il a de plus banal, soit ces espaces de transition que notre être a désertés et que l’on ne regarde visiblement plus, et le saturer d’une présence sonore pleine de possibilités et, surtout, de présence, voilà un projet qui ne pourrait être plus contemporain.

Stéphane Girard

VIHR


TRAVERSE VIDÉO - Toulouse - Haute-Garonne - Midi-Pyrénées