Très tôt, je me suis
imaginé de nouveaux mondes. Non
pour fuir la réalité
à proprement parler, mais plutôt pour
en cerner les contours, pour rechercher
au-delà de cette réalité visible
à vivre.
J’ai, peu à peu, donné
à la réalité d’autres sens,
d’autres
directions, d’autres envies
et désirs. Parfois même, sans les
comprendre, aujourd’hui encore,
je poursuis toujours cette
démarche.
Créer me donne une liberté
totale et absolue.
Mon travail est à écouter
et à regarder, à appréhender
et à se
réapproprier. Le saisir, le
sentir, c’est s’y reconnaître.
Mon travail est très instinctif
et n’a de contemporain que les
médiums utilisés et
non son essence. Il ne démontre aucune
évidence, il ne dénonce
rien, il n’est jamais achevé.
Il tente, explore, observe et interprète.
Mon travail est un art de la sensation
et non du
raisonnement.
Il agit sur les frontières
de toutes choses. Il mélange le
réalisme et l’abstraction
sur le plan des émotions
universelles. Il est plus proche finalement
du romantisme
que de l’art électronique.
Mon travail est border-line, obsessionnel
et schizophrénique.
Il se fonde sur les sensations de
décalage et d’inquiétante
étrangeté.
Je suis photographe et vidéaste.
Plus simplement, je dirais
que je fais de la musique avec des
images et du son.
Lorsque je fais de la photo, en réalité,
je peins.
Lorsque je fais de la vidéo,
en réalité je fais de la musique.
Lorsque je fais de la musique, en
réalité je fais des images
invisibles.
PROCEDE
Après mes études aux
Beaux-arts où j’ai expérimenté
le
dessin, la peinture, l’écriture
et la performance, je me suis
dirigé vers le son et la photographie,
la vidéo, en tant que
technique, m’a permis de retenir
les deux en même temps.
Mon travail débute dans sa
phase de construction toujours par
une composition musicale. Celle-ci
est toujours dans mes
oreilles lorsque je photographie ou
que je filme. Je refuse le
story-board et n’ai pas de scénarii
très développés. Juste un
rythme, une ritournelle dans lesquels
je me laisse glisser avec cette
part instinctive qui me caractérise.
La vidéo est un moyen idéal
pour que je puisse explorer le
temps, la mémoire et l’esprit
humain. C’est dans l’art vidéo
et
non dans les arts traditionnels que
je peux manipuler le temps,
le ralentir ou l’accélérer,
l’effacer et que je peux faire disparaître
les frontières entre le passé,
le présent et le futur.
VIDEO
Dans mon travail vidéo soit
je retiens des images, des matériaux de mon
environnement
vivant, de la réalité
que je filme ainsi mon DVD POEMES
et de bribes je reconstruis une trame
filmique.
Soit j’emprunte des bribes de
films, des bandes images, des
publicités, des matériaux
que je refilme pour mon DVD COLLAGES ; sans volonté
de plagiat, de parodie ni même
d’hommage, je prends ces matériaux
comme faisant
partie intégrante de ma propre
réalité que je peux observer.
J’utilise ma caméra comme
métaphore de l’oeil humain en quête
d’indices de la compréhension
de soi.
La notion de boucle est primordiale
et fondamentale
dans mon travail. Les boucles ont
un effet étrange. Elles établissent
une rupture dans le déroulement
des images, introduisent un décalage
donc un nouveau rythme et
un nouveau sens.
Je conduis ainsi le spectateur presque
sournoisement là où je veux l’emmener.
J’ai souvent usé de l’effet
visuel en négatif en vidéo comme révélateur
de la face cachée de soi-même.
AMBIANCE SONORE
L’ensemble de mon travail sonore
adopte lui aussi la boucle comme ligne mélodique.
Puis je rajoute, j’empile
strate sur strate pour créer
une ambiance musicale avec sons, fragments , bribes
sonores en cherchant toujours à
jouer sur les oppositions: harmonie/dissonance,
lenteur/saccade.
La boucle sonore plonge l’auditeur
dans une inertie parfois
profonde et je vais être son
conducteur pour qu’il
se laisse emmener et surprendre dans
ce que je veux donner à
ressentir.
MEMOIRES
J’ai souvent pensé que
la mémoire
était un enregistrement semblable
au système d’une bande
magnétique.
Qu’il suffisait de faire reculer
cette bande pour se remémorer
et
revenir ainsi à des moments
précis
choisis, pour la parcourir et l’enregistrer
à nouveau en mon esprit, la
repasser, la réécouter
en boucle.
Cet enregistrement devait répondre
à toutes mes questions, répondre
à toutes mes errances intimes,
cette bande serait une preuve, une
marque, de mon histoire, elle serait
la preuve que
je «suis».
Mais je me suis trompé.
Cette bande-mémoire est parfois
voilée, vidée, abîmée,
réenregistrée.
Cette bande- mémoire est magnétique
et ses molécules bougent, se
déplacent, se transforment
et peuvent
parfois même disparaître.
Mais je peux aisément la découper,
la recoller, l’inciser, la reconstruire
comme bon me semble.
Je peux aisément en détruire
certaines
parties -parce que trop difficiles
à travailler et aller au plus vite,
au plus simple.
Je peux en réinventer une nouvelle
construction.
La mémoire m’est un piège.
La mémoire m’est richesse.
La mémoire m’est prison.
La mémoire m’est résurrection.
Ma mémoire n’est qu’un
jeu d’enfant,
elle me joue des tours et des
des détours.
Ma mémoire ne m’appartient
pas
toujours, elle est mêlée
parfois
avec les histoires d’autres,
des
mémoires collectives, des mémoires
inculquées.
Ce sont des pensées- mémoires.
Ces pensées sont analogiques,
imprécises, pleines de grains
magnétiques,
pleines de strates légères
et
profondes.
Ma mémoire s’efface au
fur et à
mesure que je la retravaille, au fur
et à mesure que je vieillis.
Ma bande- mémoire disparaîtra
un
jour
à tout jamais...
LA JEUNE FILLE ET LA MORT
(2004) durée 15 minutes
féerie esthétique.
Un jour ou l'autre il faut grandir.
Mais, il ne faut pas tuer l'enfant.
Il faut le laisser s'en aller en paix
Comme
une seconde peau, une mue.
Lui seul doit choisir quand.
Lui
seul choisit comment.
BLUE LINE,
1998, durée 9 minutes :
plusieurs
temps s’y succèdent et se superposant,
s'imbriquent, se rejoignent.
J'ai filmé ces images à
Nice, le long de «la promenade des Anglais».
Je me souviens encore de cette lumière
superbe de fin d'hiver.
C'est le premier travail dans lequel
j'ai fait entrer une certaine idée de la narration.
Et
peut être bien la première fois où
j'aie eu un regard sur le monde.
IMMERSION,
1996,
durée 8 minutes
Cette vidéo est essentielle
pour moi. Elle marquera ma vie à jamais. Elle
répond à une rencontre, celle d'un amour.
Celle d'une acceptation de moi-même et de mon
identité.
La
rencontre d'un être avec mon être.
Au montage, je voulais que ces supports
«images» apparaissent comme des fragments
intervenant
comme des «clutters» de
sons, comme des sortes d'images subliminales et d'autres
tournant
en
boucles pour amplifier certaines sensations.
Aussi
ai-je travaillé l'image comme des bribes sonores
d'où -dans mes premières vidéos-
de longues séquences sans images ou plutôt
des images noires.
J'affectionne
également l'idée que le spectateur «guette»
les images comme un événement, avec
frustration et impatience.
Cette
vidéo correspond à mon baptême.
Le baptême de la rencontre avec
moi-même
la rencontre et l'acceptation de mon
être intérieur
la rencontre de la sensualité
la
rencontre de la plénitude
RED MORNING IN THE TV,
2004, durée 9 minutes,
«vidéo
Pop». J'ai tenté d'interroger mon regard
sur le monde face à ce que me donnait à
voir ma télé ce jour là et de
recomposer avec des fragments volés, une histoire,
d'en faire naître une certaine idée de
narration.
1303FP00,
1999, durée 8 minutes
Fouillant dans les vieux tiroirs de
ma grand-mère, décédée
depuis plusieurs années, j'ai commencé
par trouver ses vieux électrocardiogrammes.
Et puis, j'ai découvert de
vieilles photos lui appartenant- ses parents, militaires,
ses fils...
J'ai voulu faire revenir ces «mémoires
images».
Mais au-delà de mon histoire,
de mes mémoires,de ces images familiales appartenant
au passé, il y a cette mémoire commune
de la guerre qui nous est rapportée, contée.
Comment utiliser cette mémoire,
cet héritage?
Comment retenir ces bribes, ces fragments
figés?
Comment
redonner vie à ce et à ceux qui sont
morts.
Summer, 2001,
durée 15 minutes,
est une danse spectrale sur une musique
du hasard.