JOURNAL
Work in progress
depuis 2003 – Vincent Mesaros
Journal est le titre générique
d’une série de vidéos regroupées
par année dans un montage continu et chronologique.
Il se réalise comme un cahier d’esquisses
à partir d’images perçues au quotidien.
Chaque vidéo qui le constitue correspond à
une période, un temps de visualisation d’images
recomposées dans un ensemble visuel et musical
par la répétition de séquences
fragmentées. Le paysage, les jeux de mains,
le portrait, l’eau, sont des figures récurrentes
sous des formes diverses d’une période
à une autre, et toujours, un élément
visuel ou sonore se rejoue dans ce passage, en agissant
comme un fil conducteur.
Un
rapport au temps et à l’espace, et des
références à l’art, du
Caravage à Bill Viola en passant par Monory,
font de ce Journal une fresque où toutes les
scènes qui la composent, sont autant de tentatives
de reconstruire une histoire subjective improbable.
Chaque période de ce journal
(030824 - 030828 - 030831 - 030902 - 040102...etc)
est un montage de vidéos multiples, un polymontage
minutieusement synchronisé qui peut composer
avec l’espace d’exposition comme installation
d’écrans aux dimensions et dispositions
préétablies dans un schéma.
Une
structure non-narrative est alors mise en place dans
cet espace tridimensionnel. Sur chaque écran,
des séquences répétitives montées
en boucle alternent avec des moments de silence ou
des noirs de manière à créer
une suspension. Des événements visuels
et sonores se juxtaposent selon un arbitraire convenu,
afin d’exprimer une idée qui n’existe
qu’en fonction de cet assemblage. Parce que
le montage ne répond pas à un sens prémédité,
la signification surgit des choses. Ainsi, le spectateur,
déambulant dans cet environnement, rassemble
mentalement les différents éléments
pour créer un espace fictionnel, modelé
par l’image dans le rapport au temps et à
l’espace qu’elle induit.
Si l’on pense au premier abord
à un travail d’appropriation d’images,
il s’agit, en regard de la thématique
de Traverse Vidéo, de revisiter le cinéma,
ou plus généralement le flux des images
auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement.
«
Revisiter » ou revoir consiste en un «
voir avant » et « voir après »,
un rapport au temps donc. Celui où la mémoire
intime du sujet regardant, oeuvrant à reconnaître,
se reconstruit dans la fiction. Celui du temps continu,
de la trace du présent, prenant forme dans
le journal, que l’auteur s’emploie à
tenir régulièrement. Celui encore de
l’image qui n’est plus à démontrer
mais qui resurgit constamment. - Et ce, en version
projection écran selon une autre temporalité-
040102
Un
oeil qui nous regarde dans un miroir, quelqu’un
ferme une porte, une femme sur un lit d’hôpital,
un rire, un œil en gros plan, une main nous montre
une clé… selon différentes séquences
de quatre montages différents se terminant
toujours par un même paysage sur fond musical
de fin.
040315
La
pluie qui tombe sur les vitres laisse entrevoir un
paysage. Au loin des chiens aboient tandis que deux
hommes, à l’abri, semblent se jauger
en les écoutant. Un homme couché à
terre se fait battre par son agresseur lorsqu’un
autre nous demande de le croire…
040330
L’eau d’une rivière
coule. Un homme le regard fixe, stupéfié,
un cigare éteint à la bouche, laisse
brûler entre ses doigts une allumette. Une femme
gémissante se tortille dans son lit, une autre
sort de l’ombre. Au loin sonnent des bombardements
et des hurlements. L’eau de la rivière
coule toujours.