A
propos du film, réalisé sur la proposition
de Gérard Georges Lemaire, à partir
de la nouvelle de Franz Kafka, Description d’un
combat.
« L’écriture
de Kafka, celle de ses nouvelles, m’est apparue
d’emblée, comme une écriture cinématographique.
Cette
écriture m’a semblé également
très picturale, tant elle fait naître
d’images riches en contrastes, en « tons
sur tons », en parties indéfinissables,
comme abstraites.
Georges Lemaire,
m’a encouragé à lire Description
d’un combat, écrit en 1906. J’y
ai trouvé immédiatement des points de
rencontre avec ma peinture, et avec mes travaux en
scénographie. J’ai incorporé dans
mon projet, la seconde écriture de cette nouvelle,
datant de 1910, et à laquelle Kafka donna le
titre de Vers minuit,
J ‘ai
commencé à prendre des notes et petit
à petit, une cascade de situations et d’images,
une profusion de sentiments, se sont transformés
en un scénario dont j’ai senti qu’il
me fallait absolument respecter la chronologie. Cette
nouvelle, encore plus que les précédentes,
m’est apparue semblable à un story-board
de film. Il y avait à tout instant des changements
de rythme, d’échelle, d’espace.
On était dedans, puis dehors, puis à
nouveau dedans. Les deux principaux personnages masculins,
passaient devant des figurants, devant des couples
accoudés à leurs fenêtres, ils
couraient en de longs travellings, devant des façades
de maisons, disparaissaient et réapparaissaient
derrière des arbres, en des plongées
et contre plongées successives.
Les
uns étaient vus en plan large, d’autres
en plan américain ; il y avait même des
gros plans.
Une phrase
m’a semblé la clé de l’histoire
: « au loin la vie continue ». J’ai
entendu dans cette exclamation, comme une prophétie,
venant après les descriptions de ruines, de
cadavres, après la noyade des quatre porteurs
nus, et de leur maître.
« Au
loin la vie continue », ainsi ce texte devient
sans date, sans limite, comme s’il était
écrit de la veille.