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L’installation perturbe parfois encore parce que son esthétique revient plutôt à l’étymologie d’aisthesis- les sensations, ce que je éprouve devant l’objet oeuvre- qu’au signifié réservé à la notion du beau ; en effet, l’installation dérange notre approche arrêtée devant un tableau, notre contemplation puisqu’elle nous intègre dans son lieu et nous impose de choisir nous mêmes notre temps de regard, de senti, de pose ou de démarche.

L’installation c’est l’emprise sur le lieu, l’espace par la vidéo ; à un ou plusieurs moniteurs, avec un ou plusieurs rétroprojecteurs, sur socle minimaliste ou travaillé, en déploiement sur le sol ou à la verticale, silencieuse ou en sons, elle déplace notre approche. Elle secrète un espace dans lequel elle nous happe ou nous déroute : voir y implique le corps tout entier, le voir s’explique comme physique.

L’oeuvre s’y reconnaît comme processus. Il ne s’agit pas de qualifier ceci de nouvelles manières et de taxer toute autre approche de passive, le corps sentant, « émouvable » l’est devant la toile, le cinéma, la musique...

Et l’on ne saurait annuler les démarches avant-gardistes des années 20, sans répéter les machines optiques de Duchamp, Rotatives Plaques Verres de 1920 ou Roto Reliefs de 1935, on exhumera de l’oubli le projet de El Lisitskij qui projetait, en 1933, d’intégrer dans sa mise en scène théâtrale, les nouveaux média d’alors, « radio mégaphone » qui sur « échafaudage en direct( déverse) en direct le vacarme des gares et le crépitement des cascades du Niagara ou le martèlement d’un compresseur dans la ville. On parle à travers un téléphone, relié à une lampe à arc ou par l’intermédiaire d’un autre appareillage qui transforme la voix...Des rayons de lumière suivent les mouvements des corps en jeu "...

N’est-ce pas croire aux possibilités expressives de dispositifs technologiques et à la recomposition d’un espace spatio-temporel autre que celui de l’appréhension quotidienne. L’installation nous reprend, nous ré-apprend à travailler notre rapport avec l’objet, avec le réel. Et cela peut se résoudre en attirance, répulsion, interrogation ou plaisir mais la chose s’impose comme là dans ce passage que j’y consens.