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A propos d'Art Vidéo Marc Mercier
DE LA LETTRE DE DEMISSION AUX MOTS DE LA RESISTANCE
Dans une société de plein emploi, outre la grève ou le sabotage, le travailleur a la possibilité d'envoyer à son patron une lettre de démission si son emploi ne lui convient plus.
Démissionner pour ne pas céder. Démissionner pour résister. Il ira vendre sa force de travail ailleurs, au plus (ou au meilleur) offrant. C'est ce que nous pourrions appeler, en référence au concept inventé par les révolutionnaires allemands du début du siècle (qui voulurent entraîner les ouvriers à ne pas participer à la première boucherie mondiale), le défaitisme révolutionnaire. Le pacifisme est un combat contre la mort (une réaction), le défaitisme révolutionnaire est une lutte pour la vie (un acte).
La lettre du démission (ou de refus d'incorporation militaire) permet de déserter un champs de bataille pour en investir un autre. Pour les révolutionnaires allemands, il s'agissait de refuser une guerre de marchands de canon pour s'engager dans une guerre de classes émancipatrice.
Les mots ou les lettres que nous rencontrons aujourd'hui dans le champs d'une œuvre électronique, de quel autre champs ont-ils jugé bon de déserter ? Pour être porteur de quelle affirmation ? Poser ainsi ces questions suppose une autonomie des mots, une vie propre qui les dégage de l'emprise de l'interprétation : ils ne sont pas nécessairement assujettis à la volonté de celui qui les utilise.
En effet, prenons à la lettre les phrases que nous utilisons, entendons bien : les mots, les voyelles se prononcent. Ils parlent pour eux-mêmes. Ils peuvent même se dire à l'insu de celui par la bouche duquel ils passent (lapsus…).
Par ailleurs, en expédiant une lettre de démission, un être se prononce. Il dit " non ", et dans le même temps annonce du nouveau. La situation inédite qu'il provoque procède donc d'une inévitable rupture. La lettre de démission détruit un vieux rapport (entre les mots et le monde, entre les êtres, entre le signifiant et le signifié) pour ouvrir un champs nouveau aux mots de la résistance, au sens où l'entendait Deleuze : résister, c'est créer. Créer de nouvelles situations, de nouveaux rapports comme seuls savent le faire les artistes, les révolutionnaires et les amoureux.
Prenons garde ! Résister, n'est pas créer du nouveau ! Laissons cela aux stylistes, à la mode, aux marchands. Résister, c'est créer de nouveaux rapports, du différentiel. Voilà pourquoi l'art procède d'un acte révolutionnaire, ou amoureux. Après son émergence, plus rien ne peut continuer comme avant.
Avec le développement des nouvelles technologies, du numérique, des machines électroniques à fabriquer et transmettre des images, des mots des sons (ça, c'est le nouveau), il convient à présent de procéder à une révolution de notre rapport au langage, à devenir de " dangereux dynamiteurs "(comme le stipule un rapport de police au sujet de Gianni Toti) du vieux langage pour inventer les formes d'une véritable insurrection poétique. Avec et contre les technologies. Avec et contre nous-mêmes. Avec et contre les mots.
La question des mots dans le champs de la vidéo est explosive. Elle crée des trouées dans le savoir. C'est là, me semble-t-il, toute sa pertinence. Le mot pose question. Autant de mots mis à l'épreuve de l'image, autant de clés de champs à prendre. Les mots à présent sont graphes, des griffes, des griffures sur le sable de l'électronique. Ce sont des puissances, des énergies, des trajectoires, des étoiles filantes, des constellations. Ce sont des pensées-météorites qui sont toujours fondamentalement ... hors-champ
Marc Mercier Paris, Décembre 1999.
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