Préambule
L'écrit dans le champ ou il n'y a pas de faux dans l'écriture
Le cinéma construit la possibilité de construire des mondes mais aussi de traduire des abstractions, des concepts complexes sans le mot dit. Ni écrit. Le cinéma peut faire œuvre à part en parlant sans la langue verbale parce que son montage de blocs d'images, sa provocation de déplacement du regard par des compositions actives organise une toute autre logique que celle de la police de la langue ; sa grammaire se joue de l'ordre canonique sujet, verbe, complément.
Le cinéma comme oeuvre est lieu d'expériences visuelles et sonores mais lorsque le parlant a été programmé par l'industrie du spectacle, celle-ci visait à donner des histoires, de celles que l'on peut résumer en argument, que l'on peut dérouler en continuité dialoguée pour que l'acteur la dise.
Le cinéma devint parleur.
En sous-sol, pourtant se continuaient d'autres pratiques ; laissant le micro à des personnages mimétiques, des films retenaient l'écrit comme graphème, comme trace, comme signifiant.
Il se souvenait que la grosseur du caractère, que sa modification portaient le signifié d'autres transformations.
Il se souvenait que écrire en lettres est élément de l'image parmi les éléments de l'image, composant à l'égal de la couleur, du cadre, du son.. .
Ainsi des films, de ceux qui à chaque fois reposent qu'ils ne sauraient être miroir du sens, ni retranscription du réel mais que le seul sens qu'il puissent est celui produit par eux à leur corps signifiant. Certains tissent leurs photogrammes au signifiant de la lettre.
La leçon de la lettre c'est que la lettre est visuelle.
D'autres pratiques, essais, recherches s'en emparent pour dire deux fois, un duo d'avec la voix entendue, pour renverser le dire, pour esthétiser l'image se risquant à l'écueil du faire joli. Pour refuser comme Lemaître que l'on définisse le cinéma comme art du mouvement.
Un simple mot écrit perturbe.
C'est ainsi que la parole écrite sème autrement qu'un discours dit d'un énonciateur marqué et l'expérimental est à se confronter à la question. Le programme de Traverse Vidéo 2000 en série des tentatives.
La vidéo elle, plus encore, aurait pu se dépendre de ses graphies, pour être née dans la parole.
Or la vidéo se risque sans cesse à ses limites, à se refuser telle quelle. Elle aussi s'aime graphique, elle aussi veut se nourrir de toutes les ressources de la tribu mais pour d'autres préparations, et des mots écrits.
Elle renverse la redondance du texte tautologique par le contrepoint écrit, elle transforme en expérience la pratique quotidienne en en exhibant le fonctionnement codé. Elle se fait poésie fondue à la bande.
Rarement des artistes y consacrèrent une oeuvre, mais l'écrit gratte à la surface de l'image, mais l'écrit s'impose comme matériau visuel Gianni Toti faisait exception, son dernier travail l'abandonne ; il nous dira peut-être pourquoi lors des journées Traverse. Mais des films nombreux retiennent ces mots ; à nous de les voir-lire pour nous rapprocher du cinéma comme lieu de l'image-texte.
SIMONE DOMPEYRE décembre 1999
TRAVERSE VIDEO invite par la traverse le cinéma expérimental.
Simone Dompeyre.