EXPOSITIONS
DU 6 AU 31 MARS
Maison
de l’Occitanie
Bernard
Rousseau, L'image brûle," ils ont attaqué
l'Amérique"

«
Je cherche à mettre le visible à l’épreuve
du temps de la peinture, à libérer l’image
de sa subjectivité et de son rythme effréné,
pour que le spectateur se l’approprie en une
nouvelle lecture et par la même enfin habite
l’œuvre de l’émotion ou de
la pensée qu’elle lui procure. Il y a
une temporalité propre au fait pictural et
j’accorde à la peinture le pouvoir de
retarder, de permettre une décélération
du temps, et c’est dans ce pouvoir de ralentir
que je situe les enjeux de la peinture.
La
matière est mémoire du temps de la peinture,
elle garde en mémoire les gestes, les opérations…
dans ma peinture la première couche est un
vide, un creux, une absence. Elle est l’empreinte
d’une surface marquée par la chaleur
d’une flamme, griffée, stigmatisée,
qui laisse juste l’illusion de sa matière
: la cire. Ainsi ce qui est visible à l’extrême
de la surface du tableau est de l’ordre de l’invisible,
juste la mémoire d’une opération,
d’un geste.
Ma
peinture est pour moi un moyen d’éprouver
l’inabordable, de tenter l’expérience
de l’invisible. Ce qui m’intéresse
au-delà de la question posée de l’ambiguïté
du regard c’est d’instaurer le trouble,
le doute, le désir.
Je
m’intéresse à ce qui me regarde.
Faire un portrait à partir de l’image
télévisée d’une personne
c’est penser, par les moyens de la peinture,
à partir d’une représentation
soumise aux aléas du pouvoir, et se pose en
préambule de toute expérience la question
de la perte de l’origine (l’original),
de son existence même, de la personne. Je suis
dans le désir de me voir « voir »
et d’expérimenter un art dont l’action
est de nature contemplative et esthétique,
et dont l’utilité ne relève pas
du seul instrumentalisme.
Je
cherche à donner de la corporéité
à l’image, à notre perception
de ces visages jusqu’à atteindre un point
de vacillement, de tremblement, et de permettre un
passage au traverse de la surface, en quête
de profondeur, de mystère. »
Chapelle
des Carmélites
Kathy Sebbah, Les Dormeuses
